Thèse

La présente thèse est disponible, dans sa version « officielle » (avec les captures d’écran floutées) sur TEL. Je la livre ici dans sa version de soutenance, avec les captures écran originales et quelques coquilles corrigées au fil du temps. Une version mise à jour, épurée et grand public, devrait voir le jour courant 2018.

Thèse de doctorat – Arts (spécialisation : Cinéma et Audiovisuel)

La Promesse d’un dénouement : énigmes, quêtes et voyages dans le temps dans les séries télévisées de science-fiction contemporaines

Directeur de recherche : Professeur Pierre BEYLOT
Jury : Prs. Sarah HATCHUEL, Éric MAIGRET, Geneviève SELLIER, Guillaume SOULEZ

Il est question, au sein de ce travail, d’analyser une tendance marquée des séries de science-fiction contemporaines, qui proposent un récit complexe et feuilletonnant, impliquant une intense participation de la part des spectateur.ice.s ; ces dernie.re.s se voient promettre, via l’énigme, la quête et/ou le voyage dans le temps, un dénouement qui serait la conséquence logique des événements mis en scène.
Au travers des énigmes de Lost (2004-2010, ABC), de la quête de la Terre par les humains dans Battlestar Galactica (2004-2009, Sci-Fi) ou de l’utilisation du voyage dans le temps dans Doctor Who (2005- ?, BBC1), il est possible de déceler des mécanismes narratifs visant à entretenir l’illusion d’une progression réfléchie vers un dénouement
tantôt mis en avant, tantôt repoussé, dans un contexte de production fortement concurrentiel, imprévisible, où les scénaristes ne sont pas maîtres de leur récit. Babylon 5 (1993-1999, TNT), série dont l’histoire a été effectivement prévue à l’avance, sert de maître-étalon, tandis que Fringe (Fox, 2008-2013) permet d’envisager les limites de cette tendance.
Les séries narrativement complexes sont aujourd’hui capables de créer des intrigues massives, avec un noeud (dans les premiers épisodes), un long développement, et – cela arrive de plus en plus souvent – un dénouement. La fin d’une série est en effet devenue un atout esthétique et économique : elle « légitime » les séries en les rapprochant des « formes closes » comme le roman ou le film ; elle permet de satisfaire certain.e.s fans (à défaut de continuer éternellement, la série a une « vraie fin ») ; elle libère les grilles de programmes des chaînes sans toutefois se limiter à une annulation abrupte, annulations face auxquelles les fans peuvent aujourd’hui, peut-être plus que jamais, protester.
Cette thèse prend ses distances avec la narratologie structuraliste des années 1960-1970, qui voyait le récit sous l’angle de la linguistique, et s’inspire plutôt des théoricien.ne.s des mondes possibles des années 1980 à aujourd’hui. L’accent est mis non pas sur la seule structure du récit (qui reste intéressante) mais sur la structure des mondes fictionnels qui se déploient et se reconfigurent dans le temps, et à travers plusieurs médias – les jeux vidéo et alternate reality games de certaines des séries du corpus sont ainsi plus abordables.
La capacité de ces programmes à construire une « intrigue macroscopique » à l’échelle de la série toute entière, éclaire plus largement les processus narratifs à l’oeuvre dans la majorité des séries « narrativement complexes » contemporaines (au sens de Jason Mittell). Au fil des liens avec l’intrigue des cycles littéraires, et d’une méthodologie centrée sur la visualisation de l’intrigue macroscopique, on peut, en s’appuyant sur une narratologie des séries télévisées encore expérimentale, entrevoir une poétique de l’écriture prospective télévisuelle. Dans une perspective contextualiste, il est vital de garder en vue les conditions d’écriture, de production et de réception de ces objets atypiques ; en retour, ces récits prospectifs apportent un nouvel éclairage au projet d’une narratologie transmédiatique porté par les études contemporaines du récit.

Docteur en études cinématographiques et audiovisuelles, j'aborde entre autres la narratologie, les séries télévisées et les genres de l'imaginaire. Avec des gifs.